Rallye Belgique

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Des jours heureux

           Freddy Loix a remporté ce samedi le Sezoens Rally, cinquième manche du championnat de Belgique 2015. Une victoire au terme d'une épreuve à nouveau riche en émotions, à tous les niveaux. Une journée en montagnes russes, alternant les hauts et les bas. Aussi bien dans la course que pour les suiveurs. Pour les spectateurs de rallye, ce fut en fait une journée de rallye typique, rassemblant tout ce qu'on a l'habitude de voir quand on suit les rallyes en Belgique. L'occasion d'analyser les ingrédients qui composent le "quotidien" des spectateurs de rallye à travers le récit d'une journée passée dans le nord du Limbourg. Une journée typique qui met aussi en avant certaines choses qui fonctionnent bien, et d'autres qui fonctionnent moins bien. Les joies et les frustrations que partagent souvent les quelques milliers de personnes qui se retrouvent au bord des routes de campagne aux quatre coins de la Belgique.

 

           Une journée de rallye, ça commence tôt. Et quand on habite à plus de 100 kilomètres de Bocholt, la ville qui nous accueillait ce samedi, ça implique de se lever à 5 heures de matin. C'est généralement le deuxième réveil le plus précoce de la saison pour un spectateur wallon, après celui que nous impose le TAC Rally. Evidemment, cela demande de sacrifier la soirée de la veille, sauf pour les plus téméraires qui prennent parfois le risque de ne pas être en mesure de suivre le rallye décemment, par exemple quand il a lieu un week-end de Fêtes de Wallonie et que le spectateur est Namurois...

 

           Une fois sur place, ça commence souvent par un "passage au centre", car il faut bien prendre la température pour se mettre dans le bain. Tout dépend de l'ambiance dégagée par ce centre. Mais lorsqu'il est situé en plein coeur d'une charmante petite ville comme celle de Bocholt, l'ambiance est bien souvent agréable. Ensuite seulement les spectateurs se rendent sur la première spéciale, où la température monte alors d'un cran. A ce niveau-là, par contre, le Sezoens se trouvait légèrement en deça du niveau habituel de nos rallyes. La nouvelle spéciale de De Hees, qui ouvrait le bal ce samedi, n'était pas la plus excitante de toutes. Qui plus est, le nombre de spectateurs présents semble avoir chuté par rapport aux éditions précédentes. Un constat déjà fait cette année à Tielt notamment,  et qui pose beaucoup de questions. Il n'y a qu'à Bastogne et à Jambes qu'on a vu la toute grande foule jusqu'ici en 2015.

 

           Au deuxième endroit de la journée, à Veldhoven, cela monte donc encore d'un niveau. Malheureusement, la route d'accès à la spéciale est bloquée particulièrement loin par l'organisation. Et donc, sauf pour les privilégiés disposant d'un "passe-droit", il faut marcher quelques centaines de mètres dans un laps de temps limité pour pouvoir assister au spectacle. Quand on suit les rallyes, on a l'habitude de marcher, parfois quelques kilomètres sur une journée. Tant que ça en vaut la peine...

           L'endroit est assez spectaculaire, et les 700 mètres parcourus sont déjà oubliés. Par contre, et là c'est une frustration qui ne parlera qu'à ceux d'entre nous qui prennent des photos lorsqu'ils vont au rallye, aussi bizarre que cela puisse paraitre aux yeux des autres, la météo n'est pas de la partie, et le ciel est entièrement gris. Même plutôt gris foncé cette fois. Alors il faut s'adapter si on veut faire des photos... Ce fut d'ailleurs une constante ce samedi, vu l'omniprésence d'un voile nuageux opaque, pourtant inhabituel lors du Sezoens Rally...

 

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           Troisième endroit ensuite, à Gerdingen. Là, c'est un autre défi qui s'offre au spectateur, en particulier si il prend des photos encore une fois. Il faut s'adapter aux zones de sécurité prévues pour le public, même lorsque celles-ci sont mal conçues. A cet endroit, dans une longue courbe gauche réputée piégeuse, une zone de dégagement exagérément énorme est prévue en extérieur de virage. Mais par contre, après un peu d'analyse et de patience, un placement intéressant est trouvé à l'intérieur du virage. Honnêtement, l'endroit n'est pas forcément beaucoup plus sûr que de l'autre côté de la route, mais il faut s'adapter aux règles qui nous sont imposées... Sportivement, l'endroit vaut la peine, et permet d'apprécier le style généreux de Coen Vink et de sa Subaru Impreza "555". Un pilote d'avant qui s'est fait rare et que beaucoup de spectateurs ont découvert ce week-end. Et le spectateur de rallye apprécie généralement beaucoup les pilotes et les voitures "à l'ancienne". Mais il parait que certaines choses n'ont plus leur place de nos jours...

 

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           On enchaine à Goolder, dans un droite très rapide. Mais aussi très dangereux ! Ici, même en respectant les zones de sécurité mises en place, on se rend compte après quelques passages qu'il sera préférable de se positionner autrement. Surtout après le passage de l'étonnant Irlandais Stephen Wright. Cela contraste avec l'endroit précédent. La gestion de la sécurité se fait souvent de façon trop aléatoire, avec pour paradoxe que les règles les plus strictes ne sont pas les plus sûres, car elles poussent parfois plus les spectateurs à les enfreindre. Il est toujours plus facile de faire respecter des règles lorsque celles-ci sont logiques et faites de bon sens. Et cela permet aussi de mieux éduquer les spectateurs, lorsqu'ils n'ont pas la raison ou l'expérience nécessaire à leur propre sécurité.

 

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           L'endroit suivant, à Gerdingen, est de nouveau l'occasion de mettre en lumière des problèmes dans la gestion de la sécurité. L'endroit est plutôt lent (virage à 90°), et la zone de dégagement y est relativement logique et correcte. Pourtant, après le passage des 2 premières voitures (typique vous disais-je), les stewards présents sortent de leur mutisme pour venir faire appliquer en supplément la règle des 10 mètres. Cette règle, qui est d'application de temps en temps, sans logique, veut que les spectateurs doivent à tout endroit se tenir à 10 mètres du tracé de la spéciale. Que les pilotes passent à 40 ou à 160 km/h n'est évidemment pas un paramètre pris en compte dans cette équation à plusieurs inconnues. Mais quand on est passionné de rallye, on s'adapte bien évidemment.

           Heureusement, l'endroit en question met aussi en exergue le talent du régional Polle Geusens. Un jeune espoir qui privilégie régulièrement une approche brutale du pilotage. C'est une des choses pour lesquelles les gens viennent au rallye. La journée d'un spectateur se juge, entre autres, au nombre de passages solides qu'il aura pu voir sur sa journée.

 

           Entre deux spéciales, dans sa voiture, le spectateur aime écouter la Radio Rally. Ce samedi, c'était sur Hit FM qu'il fallait se brancher pour savourer les commentaires toujours avisés de Gilbert Vannutte. Ce samedi, il avait invité Eric Dupain, le monsieur-rallye de la VRT (chaine flamande qui diffuse plus de rallye belge que les chaines francophones). Ce fut donc l'occasion de l'interroger sur le format actuel du BRC et le nombre trop élevé de manches. Voici un pot pourri de quelques phrases issues de son interview, et traduites dans l'instant, je m'en excuse :

- "Quels rallyes devraient partir ? Il y a des rallyes où il y a chaque année les mêmes problèmes. A l'Haspengouw, il n'y en a jamais. A Tielt, il n'y en a jamais. Ici à Bocholt, il n'y en a jamais..."

- "Un rallye de 3 jours, ça n'a plus sa place de nos jours."

- "Le dimanche doit être un jour de repos. Le samedi, c'est le jour où les hommes vont boire un verre et vont au rallye, pendant que les femmes peuvent faire du shopping."

- "Freddy Loix aurait du recevoir sa pénalité complète au Rallye de Wallonie. L'organisateur n'a pas été cohérent."

           Chacun est libre de se faire une opinion. Il semble en tout cas qu'Eric Dupain ne doit pas connaitre le Tour d'Amérique du Sud, une épreuve qui s'est déroulée en 1978 sur plus de 28.000 kilomètres et pendant 39 jours et qui nous rappelle que l'endurance était une valeur fondamentale de notre sport à l'origine. Et il ne sait pas, et c'est plus étonnant de sa part, que la décision de réduire de moitié la pénalité de Loix au Rallye de Wallonie a été prise par le collège des commissaires sportifs et n'est donc pas imputable à l'organisation !

           Quand on est spectateur de rallye, on accepte aussi d'entendre beaucoup de choses dites sur son sport favori. Et il faut aussi accepter qu'inexorablement, le rallye subit les affres de ce qu'on appelle dans le langage courant le "progrès". Le spectateur de rallye s'adapte... mais je l'ai déjà dit plus haut je pense.

 

           Le temps de digérer tout ça, et l'on se trouve à Goolder. On apprécie d'abord le dernier passage de Kris Princen. Quand on est spectateur de rallye, on accepte aussi que les mécaniques défaillent, et que parfois, cela affecte de façon plus fréquente certains pilotes qu'on apprécie particulièrement de voir passer. Certaines voitures ont des maladies de jeunesse, mais dans ce cas-ci, il serait grand temps que jeunesse s'efface.

 

           La spéciale de Goolder est ensuite interrompue. Rapidement, on apprend que Chris Van Woensel, alors leader, est sorti de la route. Une sortie qui aurait été banale et peu pénalisante si Chris n'avait pas renversé un spectateur. Il s'agirait, d'après des sources non-officielles, d'un photographe qui s'était placé en zone interdite, à côté d'un caméraman officiel qui a heureusement pu fuir à temps. Cela s'est passé dans le virage rapide sur béton évoqué plus haut.

           Evidemment, cela met un coup au moral quand on est spectateur de rallye. Surtout que ce genre d'accident n'a pas pour habitude de servir l'image de notre sport dans les médias généralistes.

 

           Alors quand il est dans le doute, le spectateur de rallye a plusieurs options. Rentrer chez lui, mais ça c'est seulement en dernier recours. Aller boire un verre ou manger une "crasse". Ou bien "passer au centre" (ce qui peut aisément se combiner avec le verre ou la crasse...). Passer au centre fut l'option choisie ce samedi. Ce qui permit de s'informer un peu, et d'apprécier le fait que les pilotes toujours en course savent détendre l'ambiance même lorsqu'ils ne sont pas derrière le volant.

 

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           Le rallye continue, et il reste une dernière spéciale à se mettre sous la dent. Le public est de plus en plus clairsemé et la lutte en tête de la course est désormais pliée. Alors comme un alcoolique qui tenterait d'aspirer les dernières gouttes de sa bouteille, le spectateur de rallye regarde les derniers passages qu'il reste à voir, à la recherche de la note positive qui viendra clore sa journée. Et souvent, il trouve cette note positive dans l'attente impatiente de son prochain rallye...

 

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17/05/2015
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